Sophie JUGIE, Directrice du Musée des Beaux-arts de Dijon, inaugure notre série d’acteurs locaux invités à s’exprimer sur ce blog.

Elle nous explique ce qu’est le mécénat culturel et, au-delà de sa vocation économique, pourquoi et comment l’entreprise peut jouer un rôle dans le développement de l’offre culturelle locale.

Qu’est-ce que le mécénat culturel et pourquoi une entreprise devrait-elle s’y intéresser ?

Pour une entreprise, le mécénat culturel consiste à soutenir un artiste, une institution culturelle pour un projet spécifique ou une action à long terme, le plus souvent financièrement, mais éventuellement par une aide technique (mécénat de compétences).

Les entreprises qui pratiquent le mécénat le font parce qu’elles considèrent que leur place dans la société ne se limite pas à la commercialisation de leurs produits ou de leur savoir-faire, mais qu’elles ont des responsabilités et un rôle plus large à jouer.

Le baptême du Christ, articste anonyme

Copyright C2RMP / photo P.Y. Duval / Musée des beaux-arts de Dijon

Que pensez-vous de l’action menée par le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne dans ce cadre ?

Le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne a choisi de soutenir une restauration d’œuvre d’art (le Retable de Clairvaux), et donc de s’associer de façon significative à la rénovation du musée. Il s’inscrit dans une perspective de long terme et privilégie la relation avec son territoire. Nous avons été heureux de pouvoir lui proposer une œuvre qui évoque les deux régions de Champagne et de Bourgogne et sommes ravis de l’engagement du CACB à nos côtés. Nous avons ressenti un intérêt personnel de nos interlocuteurs pour la rénovation en général et la restauration du retable en particulier.

Quelles sont les entreprises engagées auprès des beaux-arts de Dijon ? Sur quels types d’opérations ?

Le mécénat a commencé au musée en 1993 à l’occasion de l’exposition Saint-Pétersbourg à Dijon, et a pris un nouvel élan grâce à la loi de 2003.

Il s’est d’abord développé en partenariat avec de grandes entreprises locales ou nationales ou des fondations, mais également avec des PME locales : Cabinet d’experts-comptables Cléon Martin Broichot et associés, agence de communication Nova Mundo, cassis Boudier, Anis de Flavigny, le domaine Humbert, le domaine Gallois, les cycles Lapierre, etc.).

Ces entreprises ou institutions se sont engagées pour soutenir des projets aussi variés que :

  • l’acquisition ou la restauration d’oeuvres,
  • la création d’expositions temporaires,
  • la publication de catalogues d’exposition,
  • le financement d’initiatives en direction de publics traditionnellement exclus de l’accès à la culture (mal-voyants, visiteurs handicapés, en situation d’illetrisme, etc.)
  • des opérations de promotion de l’offre culturelle dijonnaise à l’étranger, etc.

Copyright C2RMP / photo P.Y. Duval / Musée des beaux-arts de Dijon

Quels bénéfices pour l’entreprise ?

Selon les attentes des entreprises, ils sont de l’ordre de la visibilité externe (l’entreprise est mentionnée sur les documents de communication et de médiation de la manifestation soutenue, dans le programme des activités du musée et à l’entrée de celui-ci ; visite et réception pour les clients et partenaires) ou interne (visites pour le personnel, informations dans les outils de communication interne, présentation lors des assemblées générales).

Quelle que soit la forme retenue, nos interlocuteurs sont heureux de participer à un événement important de la vie culturelle dijonnaise, de le faire partager à leur cercle relationnel et de contribuer ainsi à élargir la notoriété du musée. L’enjeu pour eux est d’impliquer leur entreprise dans une action d’intérêt général. C’est encore plus vrai quand l’opération soutenue vise un public qui a des difficultés à accéder à la culture.

Copyright : Musée des Beaux-Arts de Dijon

Et pour la collectivité ?

Le mécénat constitue évidemment une recette utile pour le musée, parfois déterminante pour engager une action (par exemple une restauration). Toutefois, ces recettes sont sans commune mesure avec le coût global de la rénovation du musée ou des restaurations d’œuvres d’art (60 millions d’euros sur 10 ans). Elles comptent évidemment de façon plus significative parmi les recettes d’une exposition (par exemple l’apport du mécénat représente 8,94% des recettes de l’exposition des Fauves hongrois).

Au-delà de l’aspect financier, le mécénat (et la mise à disposition d’espace) apparaît comme un élément de la recherche de nouveaux publics du musée, dans la mesure où l’entreprise peut toucher avec sa clientèle, ses fournisseurs et ses partenaires, des personnes qui ne viennent pas régulièrement ou pas du tout au musée. En les invitant, ou simplement en les informant, l’entreprise se fait prescripteur de visites.

Dans le cadre de réception, les visites privées, souvent en nocturne, offrent une façon plus intime et plus conviviale de découvrir le musée qui enchante généralement les participants.

Enfin, cette ouverture du musée au monde économique change l’image du musée : il  affirme ainsi qu’il n’est en rien étranger à son époque et qu’il est apte à accueillir toutes sortes de visiteurs.

Copyright : Musée des Beaux-Arts de Dijon

 

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